L’accord sur le Brexit qui doit être voté par le Parlement européen le 29 janvier remplace le « Green Deal » dans l’actualité. Les travaux continuent néanmoins. En plus du travail des commissions, la semaine du 20 janvier est marquée pour moi par deux événements organisés par la délégation.

Les Américains ne nous ont pas libérés du nazisme

Une conférence sur l’évolution de la Russie, le 21, vient rappeler le terrible tribut payé par la Russie soviétique au nazisme (20 à 25 millions de morts), et les ravages qui ont suivi la dissolution de l’Empire soviétique dans les années 1990. Le lendemain, à l’initiative de Dominique Bilde, l’émouvant témoignage filmé de femmes biélorusses, réfugiées puis internées en France, qui ont réussi à s’évader et à aider la résistance, éclaire des pages ignorées de notre histoire.

Le rappel de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau par l’armée rouge fait l’objet d’une émouvante cérémonie au Parlement, le 29 janvier. Ce devrait être l’occasion de célébrer une victoire sur la machine de guerre allemande qui est d’abord et avant tout la victoire de l’armée rouge et du peuple russe. C’est le maréchal Joukov qui a brisé l’offensive allemande, c’est le sacrifice de millions de soldats russes qui l’a refoulée et qui a permis, bien plus tard, le débarquement allié à l’Ouest. Combien de fois faudra-t-il le rappeler ?

Le patriotisme russe est le vrai vainqueur du nazisme, comme il sera plus tard le tombeur du communisme, puis du libéralisme fou qui lui a succédé. Ceux qui veulent en finir avec la Nation et la patrie devraient y réfléchir à deux fois. Quelles forces obscures vont prendre la place laissée vide ? Et pourquoi faut-il qu’à travers une déclaration historiquement contestable, moralement déséquilibrée et politiquement scandaleuse le Parlement européen revienne pour le condamner sur le pacte germano-soviétique, sans l’équilibrer par le rappel de ce que la liberté de l’Europe doit à la résistance russe ?

L'URSS a libéré l'Europe

Depuis la honteuse abstention du Président François Hollande au défilé de la victoire, à Moscou, jusqu’à la réécriture de l’histoire qui donne le beau rôle aux États-Unis et oublie l’Armée rouge, trop d’exemples illustrent la soumission de l’Union aux intérêts atlantistes. Le devoir de mémoire est d’abord un devoir de vérité. Qui s’en soucie, de cette vérité historique si contraire aux idéologies et aux caricatures ?

Une Union européenne toujours sous tutelle

L’Union est sous tutelle. En sera-t-il ainsi quand les États-Unis demandent à l’Union d’accepter le bœuf aux hormones et le poulet au chlore, sous l’excellent prétexte que ce qui est assez bon pour les Américains est assez bon pour un Français ? Déjà, Boris Johnson déclare que l’on surestime largement les risques sanitaires de la nourriture américaine — sans doute la baisse de l’espérance de vie des Américains n’a-t-elle rien à voir avec l’industrie de la mal bouffe…

Le mardi 28 janvier, j’interpelle Phil Hogan, en charge des négociations commerciales, sur sa mission aux US. Diplomate, il témoigne du bon esprit des négociations, mais juge bon d’ajouter que l’Union ne manque pas de ses propres moyens de pression pour faire face à l’unilatéralisme américain. J’en conclus qu’il faut s’attendre à des épisodes sévères de la relation transatlantique, et ne peut qu’espérer qu’une fois de plus, l’agriculture française ne sera pas la variable d’ajustement de l’automobile allemande.

Brexit : Les Anglais ont mal voté

Et voilà le 29 janvier, jour du vote sur le Brexit. C’est pour certains un moment d’émotion, pour d’autres une occasion de proclamer leurs bons sentiments, pour quelques-uns de faire preuve d’un peu de réalisme. Je constate avec regret que le mépris de la démocratie continue d’être très majoritaire. Les Anglais ont mal voté, ils ont été trompés, ils persistent dans l’erreur, ils vont bientôt mesurer leur erreur… L’habituel Verhofstadt se complaît dans l’exercice. L’Union est la voie du salut, l’Angleterre va se noyer dans la mer et Londres sombrer dans la Tamise…

Nathalie Loiseau sur le Brexit

En Belgique, le ridicule ne tue plus, depuis longtemps. Un ersatz de croyance religieuse anime des parlementaires qui font assaut de conformisme et de banalités prétentieuses pour annoncer le retour proche des Britanniques dans l’Union, avant d’entonner un « ce n’est qu’un au revoir » qui témoigne de l’irréalité politique dans laquelle baigne l’Union. La Grande-Bretagne prend le large parce que les Anglais l’ont décidé, parce qu’elle s’éloigne d’une Union qui prend l’eau de toutes parts, parce qu’elle constate que le vent tourne, que le cap est au patriotisme économique et que l’Union est une idée du passé, avec les fonctionnaires du passé et l’idéologie du passé.

Heureusement que Nigel Farage, dans un discours aux accents churchilliens, rappelle la réalité. Les Britanniques ont voulu le Brexit, et ils l’ont. L’Union qui a bafoué trois votes successifs (France, Pays-Bas, puis Irlande) pour faire avancer un projet de Constitution rejeté par les peuples lors du désastreux traité de Lisbonne (2008) ne peut se prévaloir d’aucune légitimité démocratique ; en fait, tout le travail de l’Union est d’empêcher les peuples de se prononcer sur ce qui les concerne, et elle appelle démocratie le fait d’étouffer l’expression des peuples libres, ceux qui veulent faire leurs lois, décider de leurs frontières et affirmer leur identité, sans se soucier des experts, des comités et des bien-pensants. La Grande-Bretagne est fidèle à son destin en choisissant le grand large : qu’ajouter de plus ?

Un incident éclaire le discours de Nigel Farage. La Présidence de l’Assemblée menace de couper la parole aux députés qui gardent leur drapeau national sur leur pupitre. Pourquoi le drapeau britannique, le drapeau français, couverts de gloire sur toutes les mers et sur tous les champs de bataille du monde, devraient-ils disparaître d’un Parlement qui n’a livré aucun combat qui mérite d’être retenu, et qui n’a rien fait à ce jour qui soit de nature à lui mériter d’entrer dans la mémoire de l’Europe ?

Nigel Farage héros du Brexit

L’incident du drapeau prend tout son sens quand Donald Tusk, le Président du Conseil européen, s’engage à accueillir avec joie l’Écosse indépendante quand elle rejoindra l’Union européenne. Après les valses-hésitations sur l’affaire catalae, après les manœuvres visant à passer au-dessus des Nations pour financer directement les régions, l’Union européenne fait preuve une fois encore de son hostilité aux Nations. En détruisant ce qui la compose, elle ne mesure pas qu’elle se détruit elle-même – alors même que la forme de l’État-nation est la forme politique de la modernité, celle qui se diffuse partout dans le monde, celle qui réunit Asie, Afrique et Amériques ! Quelle est la force de l’Europe, sinon celle des Nations qui la composent ?

Pour ma part, dans l’absence de débat qui précède le vote du Brexit, j’entends une phrase qui mérite attention ; celle de Michel Barnier, citant Chris Patten, l’ancien gouverneur de Hong Kong  ; « l’intérêt national doit-il toujours être défendu au niveau national ? » Utile question, à laquelle aucune réponse simple ne peut être apportée, mais qui mérite considération pour engager la refondation de l’Union. L’Union européenne mourra si elle n’est pas le moyen pour les Nations de poursuivre leur intérêt national à un autre niveau et par d’autres moyens. Face aux États-Unis comme face à la Chine, à côté de la Russie, de la Turquie et d’un monde musulman en ébullition, l’Union doit être le moyen d’un moment européen, c’est-à-dire le moyen pour les Nations d’affirmer leur souveraineté, d’assurer la défense de leur territoire et la protection de leur identité, de conserver leur indépendance et de prendre toute leur place dans un monde multipolaire.

Est-il d’autre tâche à l’Union d’après le Brexit que de devenir l’Union des Nations européennes ?


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