Pendant le confinement, le Parlement européen joue à se rendre utile. Envoyer de l’argent à la Turquie, condamner Viktor Orban, prêter des chauffeurs aux institutions belges… Chacun justifie de son importance comme il peut. À défaut de pouvoir quoi que ce soit contre le coronavirus, l’Union continue son seul vrai combat ; la destruction des Nations d’Europe.

Madame von der Leyen s’illustre dans l’exercice, avec un manque de chaleur humaine et d’empathie qui suggère un handicap sentimental certain, à moins qu’il ne révèle un esprit prussien que les années à Londres n’ont pas suffi à civiliser. Soyons pourtant indulgents, la Présidente de la commission possède au moins les rudiments de la civilisation ; elle sait se laver les mains. Elle l’a dit à tous les Européens, il faut la croire, d’autant que c’est à ce jour la seule chose pertinente qui soit sortie des hauteurs de la nouvelle présidence de la Commission européenne. En dehors d’excuses, tardives autant qu’inutiles.

La France, un grand aux pieds d’argiles

Mieux vaut sourire, parce que l’heure est grave. Pas pour la pandémie elle-même, statistiquement négligeable, pas seulement pour ses conséquences économiques, partout redoutées, mais pour ce qu’elle révèle. Jamais l’écart entre le discours européiste et la réalité des décisions et des actes n’a été aussi grand. Jamais l’écart de situation entre les pays européens ne s’est imposé aussi cruellement.

Le déclassement de la France aggravé par l’impéritie du gouvernement présidé par François Hollande, avec Marisol Touraine comme liquidatrice des réserves sanitaires et Messieurs Salomon, Attal et Griveaux comme liquidateurs adjoints, à ce jour encore impunis, apparaît comme jamais ; pour être clair, le confinement est la solution des pauvres, des pays qui n’ont ni tests, ni masques, ni capacités sanitaires suffisantes. « Connection Ivoirienne » n’a pas tort de titrer ; « France, un pays aux pieds d’argile » !

Et jamais la force des tempéraments nationaux, de la primauté nationale, n’a prévalu aussi clairement sur la prétendue solidarité européenne et l’illusoire Union européenne, le grand jeu des vols ou des détournements de masques et de respirateurs faisant foi — la France n’ayant pas été la dernière à s’illustrer dans l’exercice, au détriment notamment de l’Italie et de la Suède ! Seuls, les fanatiques aveuglés par leur dogme s’étonneront de la résilience du sentiment national. Mais plus ils sont aveugles, plus ils sont confits dans leur religion, et plus les mauvais coups sont à craindre d’institutions à bout de souffle, mais portées par des coalitions d’intérêts puissants et résolus, qui ont bien retenu la leçon de l’agent américain Jean Monnet ; les crises sont l’occasion pour l’Europe d’avancer.

L’union se crashe

L’Union avance comme un voleur ; ils ont l’esprit ailleurs, profitons-en pour piller ce qui peut l’être ! Et voilà comment s’ouvrent en catimini les négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, et voilà comment l’Union aide des pays voisins, comme la Serbie, à accueillir des migrants et à les répartir dans le pays, à la faveur du confinement qui interdit les protestations des citoyens serbes, et voilà comment tout est fait pour que rien ne change, dans une Union en apesanteur, qui fera jouer l’orchestre jusqu’au crash annoncé !

https://web.archive.org/web/20130804031031/http://www.social-sante.gouv.fr/le-ministere,149/les-ministres,656/marisol-touraine,1930/cabinet-de-marisol-touraine,14747.html

Crash annoncé ? Sans doute, et peut-être proche, tant l’Union ne résistera pas à la rupture du pacte qui l’a portée jusqu’alors — le sacrifice des libertés nationales pour la croissance, l’abondance et la richesse individuelles. La récession, qui pourrait dépasser 5 % du PIB et faire grimper les niveaux d’endettement public et privé de manière spectaculaire (130 % de dette publique en France ?), a déjà fait exploser le traité de Maastricht, elle fera une victime, le consommateur européen, une seconde victime, l’épargnant européen, et une troisième victime, la crédibilité de l’Union. Et c’est là l’essentiel.

La mémoire de longue des peuples

Quelque chose était en germe depuis l’échec des États-Unis d’abord, de l’Europe ensuite, à prévenir, contenir et corriger la crise bancaire de 2008. Échec des économistes occidentaux, d’abord et surtout. La reine d’Angleterre n’est pas la seule à avoir remarqué que nul parmi ceux qui font la leçon aux États, aux Nations et aux citoyens, du haut de leur prix Nobel n’avait vu venir la crise, pas plus qu’en limiter les effets. Échec du système politique et judiciaire ensuite, à distinguer les responsabilités, à sanctionner, punir et écarter les coupables. Échec donc, et le plus grave, de la démocratie ; où est la séparation des pouvoirs quand le « big business » est en jeu ?

Dans les ministères, les banques centrales et les directions en Chine comme en Inde et en Russie comme en Malaisie ou en Corée, le constat a été impitoyable ; « ils ont perdu la main ». La confiance dans la supériorité de l’Occident en a pris un coup, que le succès de l’Organisation de Shanghaï éclaire. Et la conséquence suit ; les institutions internationales, fortes contre les faibles, impuissantes contre leur maître américain, ne méritent pas l’autorité qui leur a été concédée.

confinement à New-York

Et voilà que la gestion par l’Europe et par les États-Unis de la pandémie actualise avec force ce sentiment de plus en plus répandu ; ils sont en voie de sous-développement. Désorganisation, manque de moyens, confusion de la parole et de l’action publique, mauvaises manières réciproques ; ni les Nations européennes, ni les États-Unis, n’ont convaincu par la qualité de leur réaction et de leur réponse sanitaire. Et beaucoup ont été moins performants que la Corée du Sud, le Vietnam ou le Japon, les incertitudes sur les chiffres rendant délicate une comparaison avec la Chine – mais la Chine est apparemment sortie de la pandémie (0 décès annoncé le 6 avril), quand les États-Unis y plongent.

Les conséquences géopolitiques du constat dépassent et de loin les effets économiques et financiers de la pandémie. Car elles réveillent l’histoire, et elles convoquent un esprit de revanche auquel la vulgate pacifiste et globaliste nous rend bien à tort indifférents et inconscients. L’Union européenne a durablement aveuglé les Nations d’Europe sur la montée du ressentiment qui habite la conscience historique des anciens colonisés, et dont leur affaiblissement prolongé permet l’expression. Congédier l’histoire est l’une de ses pires fautes.

confinement VietNam

Ceux qui ont l’oreille fine voient ici, aux Pays-Bas, l’État condamné pour les crimes commis contre les indépendantistes indonésiens  à la fin des années 1940, en Grande-Bretagne, les exactions coloniales condamnées lors de la répression de l’insurrection des Mau-Mau au Kenya dans les années 1950 ; ailleurs, les procédures à l’essai pour condamner les anciennes puissances esclavagistes à réparation — curieusement, des procédures dirigées contre les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, jamais contre les pays arabes qui ont été de très loin les premiers marchands d’esclaves en Afrique… Ils voient là-bas les tribus indiennes obtenir des compensations significatives pour le vol des terres où ils nomadisaient, bloquer là le tracé d’un pipe-line, ailleurs l’exploitation d’une mine ou d’une forêt. Ils constatent ici les premiers signes d’intervention de la Chine, par exemple pour protéger les membres de la diaspora chinoise contre l’insécurité qui les touche à Paris ; faudra-t-il que des organisations chinoises suppléent la carence avérée de la ville de Paris à éliminer la délinquance issue de l’immigration africaine ?

Un déclin de l’« occident » annoncé

Le tableau qui s’annonce n’a rien de conforme aux lénifiantes sottises sur l’unité humaine. Quatre rappels à l’histoire pour expliquer cette conviction. À Calcutta — pardon ; Kolkotta ! – la volonté de mainmise britannique sur le filage du coton a donné lieu à l’un des plus grands crimes de la colonisation l’Inde devait exporter son coton brut aux filatures de Manchester, et pour y parvenir, l’autorité britannique interdit le filage du coton qui constituait la première activité du Bengale. Des machines à filer furent brisées, incendiées ou saisies par dizaines de milliers. Deux ans plus tard, un lord britannique fit ce constat ; « les os des tisserands indiens morts de faim blanchissent la plaine du Gange ». C’était il y a deux siècles, pas un Hindou ne l’a oublié.

Une historienne chinoise a dirigé des recherches aux archives du Ministère français des Affaires étrangères, conservées à Nantes. Après la seconde des guerres de l’opium, déclenchées par les Anglais pour contraindre la Chine à acheter l’opium produit en Inde afin d’équilibrer son commerce, des traités furent signés pour ouvrir la Chine au commerce, les fameux « traités inégaux ». Ces recherches révèlent que les alliés occidentaux ont rédigé deux versions des traités, l’une en chinois, celle que comprirent leurs contreparties chinoises ; et l’autre, en français et anglais, différente, plus avantageuse pour les occupants, que ne comprirent pas ou mal les négociateurs chinois — celle qui fut appliquée… Pas un étudiant, pas un membre du Parti qui ne connaisse l’escroquerie du « break up » de la Chine.

confinement et baisse du PIB

De même qu’en Afrique du Sud comme au Zimbabwe, pas un militant n’ignore que Cecil Rhodes s’illustra en pratiquant en virtuose la signature de traités léonins avec les rois ou les chefs des populations africaines pour s’approprier leurs terres, allant jusqu’à faire disparaître les trois émissaires envoyés se plaindre de ses agissements auprès de la reine Victoria ; rien n’était de trop pour assurer l’Empire l’exploitation de l’Afrique du Sud ! Et la tombe de Cecil Rhodes domine, dans les rochers du Matabeleland, l’immense territoire acquis pour quelques tonneaux de whisky et rouleaux de cotonnade… Tous connaissent  la date (1853) des menaces contre Yokosuna par les canonnières de la flotte américaine dirigée par le commodore Perry, pour forcer l’ouverture des ports japonais aux navires baleiniers américains, et du pays tout entier aux marchands américains.

Autant il est absurde de juger a posteriori des responsabilités et des culpabilités, autant il est utile de rappeler qu’Américains et Européens se sont infligés entre eux les plus grandes horreurs, la Guerre de Sécession et l’interminable guerre civile européenne en témoignant, autant il ne faut pas se raconter d’histoires ; les puissances qui montent, les puissances dont la pandémie fait ressortir les capacités méconnues de mobilisation et d’action, les puissances qui sont en train de transformer les institutions internationales (la pénétration chinoise y étant impressionnante), n’ont aucune raison d’être amicales ou indulgentes à l’égard de Nations occidentales qui les ont maltraitées et qui ignorent la puissance du sentiment national quand il est armé de ces deux détonateurs ; le ressentiment historique, la revanche possible. Elles ont de la mémoire, elles ont été agressées, humiliées, et elles savent que la volonté nationale écrit l’histoire.

La Chine est devenue, en parité de pouvoir d’achat, la première économie mondiale ; nous savons moins que l’Inde dépassera cette année la Grande-Bretagne et la France, pour devenir la cinquième économie mondiale, et que la Russie pourrait bien profiter du déclassement européen pour prendre la sixième place dans les deux à trois ans à venir ! L’affaissement de l’Occident que révèlent la panique et le désordre devant la pandémie appelle les Nations d’Europe à redécouvrir la puissance comme condition de la sécurité, à réinvestir dans les moyens de la Défense comme condition de la paix, et à assurer la tenue des frontières comme condition de la démocratie. Sinon, les conséquences géopolitiques de la pandémie, parce qu’elles sont asymétriques, pourraient être bien plus graves que la pandémie elle-même. Toute crise fait des perdants et des gagnants. Qui croit vraiment que l’Union européenne sortira gagnante de l’épreuve qui la sidère ?             


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