Toute construction politique se juge à ses résultats. Pas à ses intentions. Combien de temps encore la Commission européenne pourra-t-elle prétendre que les bonnes intentions, étalées jusqu’à l’écœurement, suffiront à lui valoir l’indulgence des Nations européennes ?

            Quatre bonnes raisons sont invoquées pour légitimer et l’Union, et l’accaparement constant de nouvelles compétences par la Commission européenne ;

  • la puissance de négociation du premier marché du monde. Comme l’ont prétendu à la fois Ursula von der Leyen, la vice-présidente Margaritis Schinas, et la commissaire en charge de la Santé et de la qualité alimentaire, Stella Kyriakides, cette puissance de négociation s’exerce dans l’intérêt de tous les Européens, elle permet aux Nations d’obtenir ensemble de meilleures conditions et de meilleurs prix que s’ils négociaient séparément. La fable du pouvoir de marché de l’Union s’est effondrée quand une indiscrétion a révélé que la petite Belgique avait, pour son compte, négocié de meilleures conditions que la Commission agissant au nom de l’Union tout entière ! Et la Serbie, qui a déjà vacciné deux fois plus de sa population que l’UE, et Israël, démontrent la vacuité de l’argument ; gros et gras n’est pas synonyme de force.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se faisant vacciner contre le coronavirus, à Ramat Gal, en Israël, le 19 décembre 2020. Photo REUTERS/Amir Cohen/Pool
  • La puissance régulatrice des démocraties européennes. Cette puissance se fonde notamment sur l’exemplarité de l’Union en matière de respect des traités, des institutions internationales et des principes du libre-échange. La Commission refuse que la puissance militaire ait à voir avec la puissance, récuse les réalités géopolitiques et même les stratégies de souveraineté économique, pour souscrire au règne de la règle et de la norme. La médiocrité éclatante des contrats passés avec les laboratoires, l’incapacité à traduire les belles paroles des unes et des autres dans les faits, déjà éprouvées par l’armée allemande, démontrent que la règle et la norme ne suffisent pas, la décision, l’action l’emportent. Plutôt que la politique de la règle, l’Union doit avoir la politique de l’évènement. En l’occurrence, la Commission a tout manqué de l’évènement.  
  • La solidarité entre États membres, d’abord, et avec le reste du monde ensuite. En bafouant l’accord du Brexit, son encre encore chaude, en menaçant les laboratoires établis dans l’Union de ne pas respecter le contrat passé avec la Grande-Bretagne, la Commission a transgressé ses propres principes. Le tout pour permettre à la Présidente de la Commission d’échapper à ses responsabilités dans un échec manifeste qu’elle s’est empressée d’imputer à ses collaborateurs, avec une élégance déjà observée dans le passé. Il est sans doute plus grave qu’elle continue à répéter avec l’obstination du perroquet juché sur ses ergots «  laissez les frontières ouvertes, laissez les frontières ouvertes… » Fermer les frontières avec l’Itralie, suspendre tous les vols depuis la Chine, dès février 2020, aurait sauvé des milliers de vies. Fermer les frontières de l’Allemagne, aujourd’hui, avec le Tyrol comme avec la Moselle est le moyen de sauver des milliers de vies. La vie des Européens compte peu pour celle qui a pour mission de détruire les Nations et de soumettre les peuples.
  • L’ensemble repose sur la croyance largement diffusée que la compétence technique de la Commission mérite de l’emporter sur les divergences politiques entre partis et entre États membres, et de se tenir à l’abri de la sanction des élections. La face d’ombre n’est jamais citée ; au nom de la compétence, des bureaucrates peuvent s’affranchir de tout contrôle, échapper à la sanction politique de leurs décisions et ne jamais, jamais, être confrontés à leurs résultats. Et le désastre des vaccins suggère que la compétence n’est pas au niveau de la prétention, et que la Commission doit devenir comptable de ses choix, de ses erreurs, et de sa faillite avérée.
Le premier ministre britannique, Boris Johnson, avec un flacon du vaccin Pfizer/BioNTech lors de la visite d’un centre de vaccination à Batley, dans le nord de l’Angleterre, le 1er février.JON SUPER / AFP

            Les résultats de la Présidence Van der Leyen sont là.

            Au 15 février, l’Union européenne aura vacciné moins de 5 % de sa population, quand la Grande-Bretagne a vacciné 22 % de sa population dont la totalité du quart le plus exposé (âgés, diabétiques, etc.), les USA 15 % et Israël, 75 %.

            Trois groupes de pays se distinguent ; ceux qui ont conjugué mesures autoritaires et recours aux techniques avancées, ceux qui ont eu recours à toute la gamme des techniques disponibles, notamment aux médecins et aux pharmaciens, ceux qui ont dévolu à leur bureaucratie de la santé le soin de répondre. Asie du Sud-Est d’un côté, Israël, Grande-Bretagne, désormais USA de l’autre. Pour l’Union européenne, le solde se comptera en combien de morts ?

            Examinant le contrat passé avec Astra Zeneca, un député, président de la Commission du Budget au Parlement, Johan Van Overtveldt, a déclaré ; «  c’est difficile de considérer les 42 pages comme un contrat, c’est plus une déclaration de bonnes intentions… » De con côté, le CEO d’Astra Zeneca, le Français Pascal Soriot, confirme cette déclaration en rappelant qu’à la différence du contrat passé avec la Grande-Bretagne, qui stipulait des délais, des conditions de livraison, des engagements clairs, l’accord passé par la Commission s’apparente plus à une déclaration de bonnes intentions (« to make our best effort » – Zerohedge, Tyler Durden, 14 février 2021).

            Devant l’invraisemblable somme de préjugés, d’erreurs et d’échecs, n’importe quelle entreprise en concurrence licencierait la totalité de l’équipe responsable du fiasco. Et d’ores et déjà, dans les pays qui osent faire entendre leur voix, les appels à la démission de la Présidente et de la Commission se multiplient. Et il est certes difficile de les défendre. À moins de poser la question politique ; qui l’a choisie, qui l’a désignée, contre le prétendant adoubé par Mme Merkel, Markus Ferber ? Qui s’accroche, contre l’évidence, au principe d’ouverture des frontières ?

Qui est prêt à sacrifier et l’intérêt de la France, et l’indépendance de son industrie d’armement, et la santé des Français, à l’illusion chaque mois un peu plus démentie par les faits, que le couple franco-allemand garde un sens, et qu’un Président français qui a échoué sur tout a quelque chose à dire à l’Union européenne ? L’échec cuisant de la Commission ne fait pas seulement tomber les mythes que se raconte l’Union — solidarité entre ses membres, dépassement des Nations, abaissement des frontières, unité gagnante, con sidération internationale… Il peut être le début de la fin pour celui qui continue à faire subir aux Français tout le poids de son incompétence et de sa prétention.


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