Chers amis,

Je suis heureux de vous adresser ici la lettre de Défense et d’Intelligence Sécuritaire que publie la délégation française du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen. Cette lettre mensuelle fait le point sur l’actualité mondiale de la Défense et les grands sujets de sécurité du moment, notamment à travers l’industrie de l’armement et l’état des conflits.

La première lettre de l’année 2022 nous présente une analyse précise et surtout inquiétante des positions de la nouvelle coalition allemande en matière d’industrie de Défense. Nous avons réalisé un panorama de la situation de la Roumanie et l’industrie des drones en Turquie et nous revenons sur les conséquences pour les industries de défense de la « taxonomie », cette machine inventée par la Commission européenne dans le cadre du Green Deal pour imposer un agenda écologique destructeur.

Pour ma part, je souhaiterais revenir sur la « boussole stratégique » que le Haut représentant, Josep Borrell, est venu présenter à la Commission Sécurité Défense ( SEDE) du Parlement européen, le mardi 24 janvier 2022. Cette « boussole stratégique » est supposée marquer un nouvel âge de la coopération de Défense européenne. Elle s’inscrit dans le projet de renforcement des capacités de l’Union européenne dans les domaines stratégiques et sécuritaires. La présentation qui en est faite est celle d’un outil mis à la disposition des institutions européennes et des Etats membres, un outil jouant le rôle d’une boussole ; indiquer le Nord, quelles que soient les circonstances extérieures, et quelle que soit la route suivie par le pilote. Pourquoi pas ? J’ai interpellé le Haut représentant sur quelques détails qui interrogent. Est-ce que l’établissement de cette boussole stratégique suppose que l’Union se dote de services de renseignement en propre ? Est-ce que les Etats-Unis d’Amérique ont bien demandé un droit de regard sur cette boussole stratégique, s’ingérant ainsi dans les affaires intérieures de l’Union ? Jusqu’où cette boussole stratégique s’imposera-t-elle aux décisions des Etats membres en matière de Défense, par exemple de format des armées, de destination des systèmes d’armes, de préparation stratégique et tactique ? Dans ce cadre, la Commission européenne entend-elle jouer un rôle de facilitateur coordinateur, ou bien de régulateur voire de maître d’ouvrage ? Faut-il lier ce projet aux étonnantes déclarations du Haut représentant, qui a déclaré que son rôle était de préparer « l’identité future de l’Europe » ?

Ces questions n’ont reçu qu’une réponse convenue ; tout est dans les traités, et tout est légitime puisque le Conseil l’a agréé. A dire vrai, la question est ailleurs. Une boussole indique le Nord. Elle est insensible aux influences, aux idéologies, aux beaux principes. Et la force de l’Europe tient toute entière dans ce principe énoncé par Machiavel ; s’en tenir à la « verita effetiva de la cosa », la vérité effective de la chose, pas à ce que les Anciens en ont dit, pas à ce que la Bible en dit, pas à ce que les idées reçues en disent. C’est toute l’inquiétude qu’il faut nourrir au sujet de cette boussole stratégique. Au moment où la folie du « woke » réécrit l’histoire aux Etats-Unis, où l’OTAN multiplie les provocations inutiles pour justifier de son existence, au moment où les propagandes décident du bien et du mal, et prétendent remplacer le suffrage universel par les Cours et les Commissions, et le libre choix des peuples par les idéologies dominantes, le risque est grand que la boussole soit faussée. Le risque est grand qu’elle serve les intérêts de puissances qui ne sont pas d’Europe, et qui ne servent pas l’Europe. Plus grand encore qu’elle entraîne l’Europe dans des guerres qui ne sont pas les siennes, au nom d’intérêts qui ne sont pas les siens. Nous serons vigilants, dans cette Lettre, à surveiller et prévenir toute dérive qui encore une fois, abaisserait les Nations sans grandir l’Europe.

Lettre-Diplomatie_Defense-XVI


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