La délégation française au Parlement européen du Groupe Identité et Démocratie a choisi de voter contre le financement du Green New Deal, ce plan de transition écologique dont la Présidente de la Commission entend faire son cheval de bataille pour son mandat, en engageant les pays de l’Union européenne sur une voie dont ils ne pourront plus sortir.

Qui remet en cause l’écologie ?

Pourquoi voter « contre » un projet qui répond à une évidente nécessité, qui étale des bonnes intentions incontestables, et qui affirme des objectifs partagés par tous ? Nul ne conteste la réalité d’un dérèglement climatique provoqué par l’industrie humaine, et la nécessité de le limiter. Nul ne discute les conséquences sur la santé humaine de l’imprégnation chimique des sols, des airs et des aliments, de la saturation de l’espace par les ondes de toutes fréquences, ou de la « malbouffe » industrielle. Et nul, surtout pas les Européens attachés à leur territoire, à leur culture et à leur identité, ne peut nier les effets délétères de la globalisation, de l’hypermobilité et de la métropolisation forcée de populations déracinées. La misère environnementale rejoint la misère identitaire et territoriale, elle a les mêmes causes, et les remèdes seront les mêmes.

écologie et écologisme

Nous sommes les premiers à déplorer la dégradation de nos espaces naturels, de la biodiversité, le recul des traditions et des savoir-faire ancestraux. Les premiers à regretter l’uniformisation des pratiques et des techniques agricoles, qui aboutit à la destruction des paysages. Les premiers aussi à dénoncer l’arrachement à leur terre des migrants aussi bien que des indigènes, la misère qui monte partout en Europe venant de ce sentiment effrayant ; nous ne sommes plus chez nous nulle part ! Les premiers enfin à plaider pour le respect de la diversité des cultures, des traditions, des mœurs, et pour cet extraordinaire patrimoine commun à la plus grande part de l’Europe, et qui est l’adaptation des hommes à leur territoire à travers leur culture, dont l’art comme les paysages témoignent partout, et combien en France !

Les dérives de l’écologie politique


Nous voilà au cœur de l’écologie politique, du débat nécessaire sur les dérives de l’écologisme, et sur l’instrumentalisation du Green Deal par la Commission européenne. La pandémie aurait dû — elle doit être l’occasion de le dire — la suspension de tous les vols en provenance de Chine et la fermeture des frontières de l’Europe auraient épargné à la majeure partie de la population européenne l’épisode dramatique du COVID, et le grand bond en arrière qu’il provoque, sur les libertés publiques et la vie démocratique encore plus que sur l’économie.

La pandémie est une maladie de la globalisation, elle est l’effet direct de la mobilité entre continents, de la promiscuité humaine dans ces métropoles qui ne sont plus que la concentration d’hommes hors sol dans des non-lieux. Le développement de la pandémie a beaucoup à voir avec les mouvements de population, et par exemple l’arrivée de travailleurs saisonniers dans la France méditerranéenne. Et de futurs effondrements sanitaires et environnementaux sont inéluctables si la reconnaissance d’un droit inconditionnel à la mobilité individuelle, telle qu’elle figure dans le pacte de Marrakech, est transcrite dans le droit européen.

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Pourquoi ceux qui vivent dans des conditions climatiques extrêmes, dans des environnements agressifs ou violents, comme le sont la plupart des zones tropicales ou équatoriales, sans parler des terres nordiques, ne choisiraient-ils pas d’en finir avec des modes de vie qui résultent d’adaptations millénaires à cet environnement, pour profiter de ce que les climats tempérés, les terres fécondes et bien arrosées, des milieux bienveillants et cléments pour la vie humaine, leur promettent ?

Comment ne pas voir que l’idéologie européenne du libre-échange, du droit à migrer, de la mobilité infinie, est l’inverse de ce que commande l’urgence écologique, c’est-à-dire le retour des frontières qui protègent, de la séparation qui sauve, et des discriminations qui assurent la diversité humaine ?

Nomade et sédentaire

Le conflit entre nomades et sédentaires se perd dans la nuit des temps, les conflits au Sahel en sont en partie la manifestation actuelle, et l’alliance contre nature entre écologisme et immigrationnisme veut oublier que le nomadisme, les mouvements de masse de populations, comme la course aux ressources, sont dans l’histoire les ennemis constants de la préservation des biens communs, de l’équilibre entre une population et son écosystème, et de la transmission entre générations de territoires vivants.

Comment ne pas voir que l’uniformisation des normes, des lois et des meurs, que la destruction résolue des traditions, des appartenances, des cultures singulières, que l’expulsion programmée des Européens de leurs terres, de leur foi et de leur histoire, par la fiscalité des biens immobiliers comme par l’appropriation du vivant par l’industrie et des paysages par les éoliennes, qui s’organise pour faire d’eux des nomades comme les autres, sont les pires ennemis de l’écologie ?

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Et comment ne pas ajouter que l’oubli de la subsidiarité, le déni des autonomies locales, des consultations par referendum, et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme vient encore de l’exprimer la conditionnalité des aides européennes à un « état de droit » tout juste sorti des officines américaines, sont autant de démentis éclatants à la prétention « écologique » de la Commission et de l’Union européenne ?

L’écologisme est une escroquerie

Car il faut renverser le discours. L’écologisme est une escroquerie, et donne lieu à une manipulation des opinions digne de régimes totalitaires. Le Green Deal, Blackrock ne s’y est pas trompé, est une aubaine pour une industrie financière à son apogée ; l’industrie de la gestion d’actifs contrôle tout, de l’émission de monnaie aux cours de Bourse, et désormais au financement des entreprises. Qu’auront à y gagner nos PME, nos ETI, nos petits commerces, et ces communautés locales qui s’accrochent à leur territoire, à leurs biens communs et à leur territoire ?

Le Green Deal est un nouveau coup de force, qui permet à la Commission de s’immiscer un peu plus dans la conduite des affaires intérieures des Nations ; quelle mascarade à cet égard que le débat sur la « taxonomie » qui permet, par exemple, d’exclure le nucléaire des énergies propres, alors qu’il s’agit de l’énergie la plus décarbonée qui soit, la seule capable de rendre l’électricité propre à grande échelle ! Le Green Deal est une aubaine pour les pétroliers en voie de reconversion, pour le pillage de l’argent public que signifie trop souvent la conversion énergétique, et même, pour l’agrochimie qui se réinvente « agriculture de précision » pour continuer à détruire la vie !

Quelle insulte aux populations rurales, dont le paysage fait partie du patrimoine, que ce programme d’implantation de dizaines de milliers d’éoliennes géantes en Europe, qui placera chaque endroit du territoire en vue de ces agressifs moulins à vent qui massacrent oiseaux migrateurs et chauve-souris ?

Comment accepter l’accroissement des ressources propres de l’Union européenne, connaissant les conditions d’opacité des allocations de fonds, d’aides et des moyens, la corruption qui sert si bien les intérêts des multinationales pour détruire les industries locales, l’absence de contrôle démocratique effectif sur les choix de la Commission, plus encore d’évaluation a posteriori de ses impacts ? Comment accepter le déport permanent de la décision européenne, des élus au suffrage universel, et du Parlement, vers des conseils extérieurs, des ONG et des Fondations, des comités d’experts et des autorités indépendantes, qui manient en virtuose le conflit d’intérêts et les « revolving doors » (les passages d’ONG ou de Fondations à la Commission qui les finance, avec retour après quelques années au privé, mériteraient plus d’attention) ?

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. [EPA/OLIVIER HOSLET]

L’écologisme est une idéologie

L’écologisme devient l’idéologie officielle de l’Union européenne. Comme toute idéologie elle repose sur un détournement, celui de l’écologie, science des systèmes vivants complexes. Comme toute idéologie, elle s’institue en dogme, distribuant le bien et le mal, et déniant jusqu’au droit à la parole à qui la conteste. Et comme toute idéologie, elle se coupe du réel. L’écologie est affaire locale, territoriale, sujet d’autonomie, l’Union en fait un moyen d’uniformisation. L’écologie ne sera rien sans l’adhésion de tous, l’Union veut l’imposer d’en haut. L’écologie est affaire de mesure, de limites, de frontières, l’Union en fait un moyen de centralisation, en faveur du global, du sans frontière et des monopoles. L’écologie est affaire de démocratie, de participation, de coopération, l’Union en fait une affaire de bureaucrates et de gestionnaires de capitaux.

Quel symbole que ces textes, ces propositions, ces résolutions, sèches comme un tableur Excel, où ne vibre rien, où rien de vivant, de sensible, ne nous parle, et où l’émerveillement devant une abeille, une forêt, une fleur, ne serait qu’incongruité ? Le Green Deal restera-t-il autre chose que le nouveau procédé de légitimation d’une ploutocratie qui n’a de cesse que d’affirmer ses bonnes intentions, pour mieux faire oublier l’effondrement sanitaire, démocratique autant qu’écologique, auquel elle préside ?

Hervé Juvin


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