Il faut reprendre, il faut réapprendre tout ce que nous croyons savoir sur une Europe de l’Est qui s’ouvre de nouveaux horizons. Budapest, Sofia, Novi Sad, Skopje, Tirana, Podgorica

Premières réunions des Commissions à Bruxelles, les 23 et 24 juillet, après les votes de la session plénière de Strasbourg. Un curieux sentiment de flottement règne dans les salles de conférence où les discours se succèdent.

Aucun doute sur l’engagement de celles et ceux qui prennent successivement la parole au nom de la Commission ou des diverses autorités européennes, aucun doute non plus sur la conformité de leurs discours aux vieilles idées des années 1970. La responsable de la résolution des crises bancaires explique que toute son action vise à supprimer les différences nationales dans la régulation, le contrôle, les pratiques bancaires. Je renonce à prendre la parole pour expliquer que la leçon de 2007-2008, c’est que la séparation des systèmes, un certain de degré d’immunité entre eux, et que la diversité des usages de l’argent, du crédit et de l’épargne est la meilleure garantie de résilience du système financier mondial. Unifié, il explosera ; divers, il peut survivre à des crises locales ou régionales si précisément elles demeurent locales ou régionales.

Un membre français de la Commission des affaires extérieures nous présente une information précise sur la situation en Éthiopie, au Soudan, etc. Le discours est compétent et évite la conformité aveugle du moment, par exemple pour évoquer les rivalités ethniques entre Oromos, Amharas et autres en Éthiopie, où la violence des conflits entre populations musulmanes du Soudan et Africains de ce qui est devenu le Sud-soudan. Quel dommage qu’il se croit obligé de parler en anglais, alors que plus aucun pays de l’Union européenne n’aura bientôt plus l’anglais comme langue officielle !

Malgré la qualité des interventions, c’est bien le même flottement qui s’entend partout. Est-ce le Brexit, est-ce les conflits montants avec l’administration américaine, est-ce plutôt le sentiment inavoué, mais partagé qu’une réforme profonde de l’Union européenne, de sa gouvernance, de sa légitimité, est inévitable ?

europe de l'Est
Le groupe de Visegrad

Les premières nominations ne laissent aucun doute ; si le Rassemblement national, si la Lega, si les partis nationaux en Hongrie, en Pologne et ailleurs ont remporté les élections européennes du 26 mai dernier, si plusieurs ont recueilli dans leur pays les meilleurs scores parmi tous les partis représentés au Parlement, ils sont à peu près exclus des responsabilités, à défaut de se voir tout à fait interdire de parole. Ce déni de démocratie n’est pas tenable. Les textes fondamentaux de l’Union européenne évoquent le nécessaire respect de la volonté des peuples exprimée par l’élection ; difficile d’en trouver trace dans le Parlement actuel. Ce déni de démocratie ne rencontre aucune complaisance chez nos alliés de l’Est européen ; eux savent que c’est l’attachement à la Nation et à leur identité qui leur a permis de résister à cinquante années d’occupation soviétique, et ce ne sont pas les « fonds structurels » et autres subsides européens qui paieront le prix de leur liberté nationale.

Quelques échanges avec un ancien ministre polonais, une conseillère bulgare, des représentants hongrois et serbes, puis albanais et macédoniens me font prendre conscience du tournant vers l’est que prend l’Europe, et que le choix du grand large par l’Angleterre d’un côté, l’attraction structurante du projet chinois «  One Belt, One Road » de l’autre, rend irrésistible. Voici quelques semaines, je découvrais la présence chinoise en Roumanie, notamment sur le port de Constanza. Il faut reprendre, il faut réapprendre tout ce que nous croyons savoir sur une Europe de l’Est qui s’ouvre de nouveaux horizons. Budapest, Sofia, Novi Sad, Skopje, Tirana, Podgorica ; voilà un beau programme pour le mois d’août, des rencontres à faire, et des routes à la fois si proches et si peu connues qui s’ouvrent ! Est-il plus belle occasion de célébrer cette diversité qui fait l’Europe, et qui est le plus sûr gage de sa résistance aux tempêtes qui s’annoncent ?          


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