Deux faits majeurs marquent le mois dernier, et seront lourds de conséquence pour les années à venir.

D’abord, la suppression du corps diplomatique de la France. Annoncée à quelques jours de l’élection présidentielle, cette décision a suscité la colère de ténors du Quai d’Orsay, comme Gérard Araud, mais aussi l’étonnement de tous ceux qui voyaient dans l’existence d’un corps diplomatique professionnel et éprouvé une garantie de la continuité de la présence française dans le monde, et l’expression de la place particulière de la France dans le concert des Nations. Au vu des ravages provoqués par la prétention, l’arrogance et l’ignorance d’hommes d’affaires ou d’obligés nommés ambassadeurs des États-Unis par les Présidents américains, chaque Français peut comprendre leur inquiétude, et rester conscient qu’un diplomate est un professionnel des relations entre les États, le garant d’une histoire et d’un projet, pas un amateur récompensé par une ambassade de ses bons services ou de sa réussite.

Ensuite, la prise de conscience que la guerre poursuit les affaires par d’autres moyens. Les milliards et les milliards d’achat d’armements destinés à l’Ukraine profitent d’abord aux industriels de l’armement, industriels américains d’abord, et pour une énorme part, mais aussi aux industriels allemands, français ou autres. Le GICAT n’est pas le dernier à promouvoir les armes françaises pour l’Ukraine. De sorte qu’il est pertinent de poser la question oubliée ; à qui profite la guerre, à qui bénéficient les sanctions? Et la réponse à toutes les chances d’être surprenante, tant il est évident que la guerre est une bonne affaire pour le complexe militaro industriel américain, comme l’embargo sur les phosphates est une bonne affaire pour le Belarus puisque la hausse des prix qu’elle provoque efface et très largement les effets volume des sanctions par l’effet prix – vendre moins pour gagner plus! Nous publierons bientôt un rapport sur les sanctions et les embargos internationaux, pour en finir avec les idées simples à ce sujet !

Enfin, la perte par la France des votes des pays francophones. Les convenances interdisent de la rappeler ; la France doit une partie de son rôle international et de sa place à l’ONU aux liens préservés avec 14 pays africains, dont il a été de tradition qu’ils votent comme la France sur les grands sujets mondiaux. Ce qui faisait de la France un allié nécessaire, et écouté. Ce n’est plus le cas. Sur les 14 pays africains considérés traditionnellement s’aligner sur les positions françaises, seuls deux ont suivi les sanctions américaines contre la Russie et l’exclusion de la Russie de la Commission des Droits de l’Homme. Le Mali a dénoncé les conventions le liant à la France, et d’autres pays prennent du recul ; certains Présidents africains ne prendraient même plus M. Macron au téléphone, est-ce une légende ? En tous cas, le recul français en Afrique est et sera de lourdes conséquences. Il y a un prix à payer pour l’alignement sur les États-Unis, et la France comme l’Union européenne pourraient bien payer ce prix très vite, dès la rentrée 2022.

Hervé Juvin
Député européen, groupe Identité et Démocratie
Membre de la sous-commission Défense et Sécurité

Sommaire

  • Éditorial
  • Diplomatie : « Le dossier : quels « scenarri » de sortie de guerre ? Une analyse critique de l’article de M. Ferretti »
  • « Les Télégrammes »
  • Défense: « Le dossier : réflexions sur les livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine
  • « Les Alertes »
  • Autre :
  • Allemagne : Avancement de deux dossiers d’armement (P-8 et armement des drones)
  • Allemagne : Le réveil stratégique est-il durable
  • Allemagne : MGCS et KMW, 3 demandes et AEMG du 1er T2022
  • Allemagne: la bataille du Fonds spécial pour la Bundeswehr
  • Espagne : les enjeux marocains
Lettre-Diplomatie-Defense-N-19-avril-2022_


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