Le projet de loi « Sécurité globale » a mobilisé la rue contre lui, y compris dans des villes moyennes qui ont peu l’occasion de voir des manifestants défiler. L’article 24, à tort interprété comme une menace pour la liberté de la presse, a servi de détonateur.

Manifestation contre la loi de sécurité de globale : un concours de circonstances

Et les circonstances ont nourri une opposition résolue qui dépasse les frontières des partis politiques, les violences policières et l’emploi de moyens manifestement disproportionnés contre les Gilets Jaunes ayant laissé des traces dans la France réelle (pas seulement médiatiques, des dizaines de manifestants ont eu un œil crevé, des fractures diverses, dont certains auteurs sont les agents de la BAC, soit peu préparés à ce genre d’intervention, soit forts de la mission de terroriser les manifestants, alors que le comportement des gendarmes et des CRS a généralement été exemplaire).

L’habile médiatisation de l’évacuation de migrants par provocation installés place de la République — pourquoi pas devant l’Élysée ? — et les coups portés contre un « producteur de musique » d’origine antillaise, surpris dans la rue sans le masque de rigueur, et par ailleurs plusieurs fois condamné, ont joué également leur rôle.

Quoi qu’il en soit de la sincérité des uns et des autres, et de la réalité de faits de violence policière injustifiables, le moment paraît venu de poser la question de la sécurité sous la seule forme légitime, celle de la décision politique. Celle des choix publics, de la volonté politique, et de la responsabilité gouvernementale.

Un gouvernement censé être responsable de la sécurité des Français

Politique d’abord, et en effet ! Ni Conseil de Défense, ni coordination des services de sécurité, ni quelques colloques ou autorités que ce soit ne remplaceront l’État, et la décision du gouvernement. Et aucun recours aux experts ne décharge un ministre de sa responsabilité. C’est vrai pour la gestion du COVID19, c’est vrai pour la conduite des opérations au Sahel et en Afrique de l’Ouest, c’est vrai en matière de sécurité intérieure. Le gouvernement est responsable de la sécurité des Français, c’est même son premier devoir. Il est responsable devant le peuple français, et lui seul. Il est responsable non de discours, de postures et d’intentions, mais de résultats.

Depuis longtemps, ce devoir n’est pas ou mal assumé. Le trucage des statistiques (refus de prendre des plaintes, inculpations allégées par rapport aux fait commis, non-publication, etc.) s’associe à la persistante culture de l’excuse (sur base sociale, ethnique, etc., le mâle blanc étant seul coupable par nature) et aux interdits médiatiques (le rapport entre le déracinement provoqué par les migrations et la violence, par exemple) pour dégager la responsabilité du ministre et nier une réalité manifeste ; incivilités, délits et agressions à la fois touchent des territoires qui étaient épargnés, se multiplient au quotidien, gagnent en intensité, et ne trouvent pas de réponse judiciaire de nature à rassurer les victimes. Pire, lors de divers événements, les coupables deviennent victimes, des délinquants récidivistes sont érigés en martyrs, et les coupables désignés sont aussi bien le Français qui défend son commerce ou sa maison que le policier qui exécute les ordres — ou ce qu’il croit être des ordres.

C’est ici que la responsabilité gouvernementale est engagée, et c’est ici que le « en même temps » trouve ses limites. Car les rodomontades ministérielles sur le thème «  la peur va changer de camp » n’ont de sens et de portée que si le pouvoir politique assume les conséquences de sa politique — et, en matière sécuritaire, les incidents, les accidents, les dommages collatéraux que toute reconquête du territoire et toute pacification des quartiers immanquablement provoqueront. Ce qui ne signifie pas l’impunité pour des actes manifestement abusifs commis par les représentants de l’État signifie qu’avant enquête et jugement, les gouvernants se gardent de céder à l’émotion, à la culture de l’excuse et ne viennent pas semer le trouble et la confusion chez ceux qui sont chargés d’exécuter la politique qu’ont voulue les Français.

Image d’illustration. Photo © Sathiri Kelpa / SOPA Imag/SIPA

L’État doit assumer son rôle en matière de sécurité

Faut-il être plus précis ? Les interventions des forces de police sont soumises à cette injonction contradictoire dont chacun sait qu’elle est l’une des pires situations psychologiques.

Pile, vous ne laissez rien passer, et vous intervenez avec vigueur pour faire respecter la loi — ce qui a été appliqué, parfois avec une violence injustifiable contre les Gilets Jaunes, mais aussi contre de malheureux villageois sortis sans leur attestation pour faire leurs courses, contre des randonneurs seuls au milieu de kilomètres de montagnes ou de forêts, le risque de contagion étant évident ! Etc.

Face, si la fabrique de l’opinion conforme se met en branle, nous ne pouvons rien pour vous, et nous serons les premiers à vous livrer à la vindicte organisée ! La responsabilité de tout incident ; de tout accident, vous sera attribuée, certains verront leur carrière brisée, d’autres seront désignés à la vindicte des médias, et certains se verront personnellement menacés, ou attaqués, après divulgation de leur identité, de leur adresse, voire des écoles de leurs enfants et de la plaque d’immatriculation de leur voiture. Qu’est-ce qu’une République dans laquelle tel ou tel commissaire soit déployer des trésors de diplomatie pour que son nom n’apparaisse pas à l’école de ses enfants, où les policiers sollicitent de grandes entreprises l’autorisation de garer leur voiture sur le parking gardienné, où le personnel des tribunaux apprend à ne pas être suivi, photographié, identifié dans la rue ? 

Inutile de décrire les effets d’une telle situation sur le moral des troupes et la résolution à intervenir de policiers dont il est intéressant, en divers épisodes récents, de consulter le nombre et la nature des arrêts de travail. Nécessaire en revanche de le rappeler ; qui veut la fin veut les moyens. Et les gouvernants qui proclament leur résolution du haut de leur palais tout en abandonnant leurs troupes quand le vent tourne ne mérite ; ni le respect de ces troupes, ni leur obéissance, et plus encore, perdent toute légitimité à exercer le pouvoir. Et capital de le dire, assurer la sécurité des Français suppose que la force de l’État s’impose à la violence des rues, et est seulement digne de diriger l’État qui en assume toutes les conséquences. Et le moment vient où il faudra emprunter sa formule à Mario Draghi, quand il a fait sortir l’Union européenne de la pire crise monétaire de son histoire ; «  whatever it takes ». Quels que soient les moyens, pour rétablir la sécurité des Français et la paix républicaine, ils seront employés.

Les Français ont-ils conscience de ce qui se joue ?

Dans l’avènement de la société des individus, entièrement voués à la satisfaction par la consommation du vide que laissent la destruction de tout ce qui était solide, pérenne, et la dégradation de tout ce qui était sacré, la création de l’insécurité joue un rôle moteur. Pour que les Français deviennent des nomades comme les autres, pour qu’ils répondent au modèle décrit par un Jacques Attali qui propose de les expulser de leurs maisons, de leurs terres, de leurs patrimoines pour réaliser l’idéal nomade (ce qu’ont commencé à réaliser les parcs d’éoliennes, et un IFI qui épargne les actifs financiers globalisés pour frapper la propriété foncière et immobilière), il faut que les structures familiales soient détruites, il faut que les biens communs soient enlevés aux collectivités locales qui bénéficiaient de leurs gratuités (voir la privatisation prochaine de l’Office National des forêts), il faut enfin que le coupable soit non plus le voleur, mais celui qui défend son bien, non plus l’usurier, mais celui qui dénonce la dictature de la dette, non plus celui qui enfreint la loi, mais celui qui la fait respecter. Car l’ordre implacable du marché appelle la subversion de toutes les valeurs, la liquidation de tous les liens et de tous les engagements, et pour que plus rien n’existe qui ne s’achète et qui se vend, ordonne que le Mal devienne le Bien, et le Bien, le Mal.

Face au choc que l’injonction de la mobilité infinie impose à la France comme à « Europe, il ne reste que l’État régalien, la police, la gendarmerie et l’armée. Pour tenir bon et rester chez nous, il ne reste que l’attachement des Français à leur identité, l’appel de la liberté, et la conscience de la trahison. Face à l’occupation de la France par les intérêts privés déchaînés, de l’Europe par une technocratie soumise à ses pires ennemis, il reste peu de temps avant que la démesure du capital sorti des frontières, de la loi et du réel, en ait fini avec toute civilisation, comme elle en aura fini avec une France réduite à son rendement annuel.

Hervé Juvin

29-11-2020

Catégories : Société

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