Après qu’un problème de santé m’en a tenu éloigné pendant une semaine, je replonge dans l’un des exercices que les parlementaires affectionnent : l’audition des commissaires européens.

Tous les cinq ans, la règle veut que les commissaires européens soient proposés par chacun des pays de l’Union pour un portefeuille défini par la nouvelle présidente, Madame Von der Leyen. Ils sont auditionnés par les commissions du Parlement compétentes, à la fois par écrit et par oral, avant que leur nomination ne soit ratifiée en assemblée plénière. En principe, le Parlement peut récuser un commissaire et exiger un nouveau candidat. En pratique, tout est joué avant, entre les chefs d’État et la Présidente. Ou devrait l’être.

Audition, mode de vie européen : le fossé entre l’ouest et l’« Est » grandit

Cette année, un Parlement frondeur semble moins disposé à accepter les combinaisons intergouvernementales. Il est de mauvaise humeur, et le fait savoir. Maintes voix se sont élevées pour protester contre la désignation d’un nouveau commissaire à la protection du mode de vie européen. Le choix de Mme Von der Leyen est pourtant prometteur ; il fait référence à la singularité du mode de vie européen, il ouvre la porte à la reconnaissance des identités nationales et peut utilement servir de garde-fou contre les dérives islamistes qui menacent l’Europe et dans lesquelles s’enlise la Grande-Bretagne.

Audition d'Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen Getty Images

Mais c’en est trop pour tous ceux qui veulent que l’Europe ne soit rien — rien qu’un agglomérat d’individus de droit, hors sol et sans Nation ; au nom du multiculturalisme, de l’ouverture, du devoir d’accueil des migrants, ils manifestent leur colère. Excellente occasion pour nous de rappeler que les seuls vrais européens sont ceux qui défendent les identités nationales, les singularités de leur région, de leur pays, et tout ce qui fait l’exception européenne dans le monde.

Mais le Parlement ne s’arrête pas là. Successivement, les candidatures d’une commissaire roumaine et d’un commissaire hongrois sont écartées (tant mieux ; ils étaient favorables à l’élargissement à l’Albanie et la Macédoine). Les auditions sont denses, tendues, parfois agressives. Sylvie Goulard, collaboratrice du « think tank » d’un financier américain, puis du lobby des banques allemandes, n’est pas épargnée, et devra revoir sa copie, pour se contenter sans doute d’une commission rétrécie. Même les habiles Phil Hogan, pour le commerce extérieur, que j’auditionne le lundi soir, et Paolo Gentiloni, pour l’économie, qui se présente à nous le jeudi matin, sont bousculés.

Audition de Phil Hogan
Phil Hogan – source : http://jose-bove.eu

Simple rituel de passage, ou malaise plus profond ? Le refus des deux commissaires venus de l’Est traduit un fossé qui grandit entre une Europe de l’Ouest, englué dans une démocratie formelle qui n’assure plus aux citoyens la protection de leurs identités et de leurs sécurités ; et une Europe de l’Est qui sait ce qu’il en coûte de demeurer, après cinquante ans de nuit soviétique. Mais il y a plus.

Le catéchisme de Bruxelles

Même pour les plus eurocrates des députés, il est difficile de ne pas réagir devant l’alignement de contre-vérités et de fausses évidences qui fait tout le discours des commissaires. Ils ont bien appris leur leçon, tous, mais ont-ils réfléchi à ce qu’ils disent ? Phil Hogan récite les couplets du cantique du libre-échange ; les Français, les Italiens, les Espagnols, sont en droit de lui demander où sont les emplois qu’il annonce, où sont les bénéfices qu’il aligne, sinon dans les comptes des multinationales, jamais dans la poche des salariés français, italiens ou espagnols ! Comme Paolo Gentiloni, comme Christine Lagarde voici trois semaines, tous promettent d’abord une croissance forte — l’Europe est le continent à la traîne — mais aussi une croissance écologique, inclusive, paritaire, etc.

De qui se moque-t-on, et qui ne voit la grotesque invraisemblance d’éléments de langage qui veulent dire tout en même temps, et qui ne mâchent que du vide ? Qui n’entend la colère qui monte de ces classes moyennes qui, partout en Europe, font les frais de la fuite en avant marchande, financière et globaliste des précédentes Commissions ?  

© visit.brussels – Global View – S. Schmitt – 2017

Les auditions qui se succèdent sont déprimantes. Parce que peu importe la réalité, qui dénonce les mensonges permanents de l’Union européenne ; l’idéologie toute-puissante qui tient la majorité des dirigeants européens au service du mondialisme finira par l’emporter, la majorité des Commissaires seront confirmés, et la Commission continuera son travail de destruction des Nations, de sape des singularités et des identités nationales, de ruine de ce qui fait de l’Europe, l’Europe, elle, et pas une autre. Parce que la Commission parlementaire qui se réunit le mardi pour traiter du sujet de défense prononce sans frémir le mot « intégration des armées européennes », ce qui signifie ni plus ni moins la fin de la souveraineté des Nations.

Des soldats français vont-ils obéir à des officiers allemands ? Parce que la réalité tragique de la soumission européenne est enfouie sous tant de mots, tant de formules, tant d’occupation mentale des médias et des réseaux, qu’il faut un effort puissant pour la regarder en face, la dénoncer, et la combattre.


0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez vous à ma lettre d'informations 

Afin de ne rien rater de mon actualité !