Étrange sensation. Le Parlement européen est un vaisseau fantôme qui dérive sur les vagues du coronavirus, habité par ces ectoplasmes qui s’appellent « Green Deal », « Next generation », et une bonne conscience à toute épreuve — à l’épreuve, surtout du réel. Sans penser au « monde d’avec ».

En commissions, tout est comme avant

La seule vraie préoccupation de l’élite qui peuple les institutions, c’est de passer au monde d’après. C’est-à-dire, au monde d’avant. Croissance, finance, mobilité, le grand retour ! En commission « INTA » du commerce international, il s’agit de compter les mois avant que les flux retrouvent leur niveau pré-Covid.

En commission  « ECON » pour économie, il s’agit de distribuer les centaines de milliards d’euros qui vont faire repartir la machine de la croissance et de la consommation. Et partout, plus de technique va résoudre les problèmes posés par la technique, plus de crédit va résoudre les problèmes posés par le surendettement, et plus d’ouverture et de globalisation va résoudre les problèmes posés par l’ouverture et la globalisation…

En résumé, plus ça change, plus c’est pareil, plus l’évidence ruine les promesses de l’Union européenne et plus elle s’y tient. La Présidente de la Commission, Ursula Van der Leyen, donne dans le comique involontaire en se présentant comme « Madame Plus » ; plus de milliards d’euros, plus d’ouverture de crédits, plus de programmes européens, plus de pays dans l’Union, toujours plus !

Plus inquiétant ; le Forum de Davos se fixe comme programme, pour sa réunion annuelle de 2021, de préparer un reset mondial, nommée : «  La grande réinitialisation ». Les activités de la Fondation Bill et Melinda Gates, d’Open Society, et de tant d’autres, donnent une idée de ce qui se prépare ; les riches et puissants veulent faire le monde à leur façon. Et ils sont prêts à y consacrer tous les moyens. La pandémie, les émeutes raciales, sont l’occasion du reset des sociétés qui ne savent plus se défendre. Révolution de couleur, sans doute. Destruction de l’État, qui est tout ce qui résiste au règne injuste de l’argent et du crime, sûrement. Il faudra y revenir, au moment où les habiles de LREM humilient l’État comme jamais depuis Vichy et Laval.

Le monde d’avec

La question jamais abordée est celle du monde d’avec. Car nous allons vivre avec. Avec la menace de pandémies que la pression humaine sur les derniers écosystèmes protégés de leur exploitation et la mobilité entre les continents répandent immanquablement. Car nous allons découvrir des accidents résultant d’effondrements écologiques dont nous n’avons pas encore idée, du rationnement de l’eau à des températures incompatibles avec la vie humaine. Et ce monde d’avec n’appelle pas plus de capitaux, plus de technique, plus de globalisation. C’est tout le contraire. Aux écologistes de le dire ! Le monde d’avec n’est pas celui de l’agriculture de précision, faux-nez des chimistes du vivant, c’est celui du respect des rythmes et des processus de la nature.

Le monde d’avec n’est pas celui de l’extension planétaire des techniques conçues en laboratoire, c’est celui de la redécouverte des pratiques, des gestes et des modes de faire que chaque territoire a suscité au terme d’une adaptation séculaire au climat, au relief, aux singularités de chaque société humaine. Pas celui de la GPA, forme moderne de l’esclavage, celui du respect des corps et de la vie. Et le monde d’avec n’est pas celui de la consommation forcée à coup de milliards, de la croissance forcée à coup d’innovations sans objet et d’obsolescence programmée sans cesse plus rapide.

Le monde d’avec s’appelle « low tech », « low investment », « slow food », « community first »… En bon français ; moins d’avions, moins de porte-containers et de super tankers, moins d’écrans dans les maisons et d’intrants dans les champs. Et moins d’investissements, moins de commerce, moins de transports, moins de transformation. Décroissance ? Certainement pas ! Plus d’aliments sains, élevés, récoltés, préparés près de chez soi, c’est plus de main-d’œuvre et plus d’emplois. Et moins de dépense d’assurance maladie.

Des biens qui s’entretiennent et se réparent pour durer, c’est plus d’artisans, d’ateliers, de travail. Des maisons, des immeubles de centre-ville rénovés, isolés, c’est plus de petits commerces, plus de vie, plus de sécurité aussi. Des industries, des activités de service et de commerce diversifiées sur un même territoire, c’est plus de formations, plus d’opportunités, plus de chances de vivre et travailler au pays, ce qui est la demande montante des Français. C’est aussi plus d’autonomie, moins de risques de dépendance géopolitique. Et des biens communs plus sûrs, mieux entretenus et mis en valeur, c’est plus de bien être, de rencontres, de gratuités surtout. La croissance, ou le progrès, autrement. Et mieux. Ce n’est pas ce que les gnomes de Davos veulent nous imposer. C’est ce qu’une Union des Nations européennes saurait entreprendre. Est-il permis de rêver ? 

Hervé Juvin


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