Lourde semaine au Parlement du 17 au 22 février. Commission du commerce international, Commission économie et budget, Commission défense et sécurité… Les sujets se succèdent, les listes de vote s’allongent, un mot revient et s’impose : «  L’Union se félicite… ».

« L’union se félicite »

De quoi ? De tout. D’être là, de persévérer dans son être, de s’enfler de tout ce qui est pris aux Nations. De parler de tout, débattre de tout, juger de tout, avec une prétention morale à la hauteur de l’impuissance opérationnelle. De se tenir si loin du réel que rien ne compte vraiment, surtout pas le vote des peuples, surtout pas la situation réelle des populations, surtout pas le monde comme il va.

Le Sahel ? Les représentants de l’Union se félicitent de l’action des forces internationales qui assistent les armées nationales. Qu’importe si tout indique que la situation se dégrade sans cesse, et que nous n’avons ni buts de guerre réalistes ni solution de sortie établie. Félicitons-nous !

l'Union qui se félicite
Guy Verhofstadt et l’Union qui se félicite

La Commission du commerce extérieur se félicite de l’accord de libre-échange signé avec le Vietnam, même si le Vietnam ne fait certainement pas partie des pays qui satisfont aux conditions regardant les libertés politiques, le respect des minorités, etc., que l’Union entend imposer à ses partenaires – mais 100 millions d’habitants, un petit tigre asiatique… il faut bien que les affaires se fassent ! Félicitons-nous !

L’union ne félicite pas l’Inde

Un parterre d’élus dîne avec l’ambassadeur de l’Inde et un ministre indien, sur invitation de l’ambassade auprès de l’Union. Tour à tour, ils insistent pour la signature d’un accord de libre-échange, et, dans le même temps, pour la suppression de la loi sur la nationalité qui entend protéger l’Inde de l’invasion de son territoire par des populations musulmanes qui pourraient faire basculer la majorité religieuse de certains États, hindous aujourd’hui, islamistes demain.

Qui connaît l’histoire de la partition de l’Inde, de la naissance du Bangladesh, des actions terroristes de groupes venus du Pakistan, des menées séparatistes soutenues par la Chine ici ou là, ne peut que comprendre que la situation est sérieuse, et que les grands principes affichés par l’Union pourraient bien créer des situations irréversibles et dramatiques. Mais qu’importe ! L’Union se repaît de certitudes sans frais et de conseils sans suite. Et j’ai l’impression de dire des gros mots quand je rappelle que l’Inde est l’un des seuls partenaires que peut trouver l’Union sur la voie d’un monde multipolaire, et qu’approfondir le dialogue avec l’Inde est vital. Au moment où Donald Trump prépare une visite triomphale en Inde, au moment aussi où l’économie de l’Inde passe devant celles de la France et de la Grande-Bretagne, l’Union européenne a-t-elle une vision du monde qui vient ?

l'Union ne félicite pas l'Inde

Le crédo globaliste dirige les idées et actes de l’Union

Mercredi 19 février, j’interpelle le commissaire Phil Hogan qui vient de présenter les grandes lignes de sa politique ; négociation avec les USA, relance de l’OMC et du multilatéralisme, etc.  Ne va-t-il pas se sentir bien seul à défendre l’OMC ? Et l’Union va-t-elle éviter de se diviser sur les sanctions américaines qui très habilement ciblent l’agriculture, Airbus, et tentent de dresser Nations contre Nations et secteurs contre secteurs ? Avec une précision que je connais et un humour que je découvre, le commissaire me répond qu’il n’est pas seul, puisque 16 pays sont avec lui. Je me garde de lui rétorquer que 16 pays sur les 200 membres de l’ONU… encore plus de l’interroger sur le sens de l’adhésion de la Chine à l’OMC. Quant aux sanctions américaines, il considère la modération des sanctions contre Airbus (10 % quand même) comme un signe positif de l’administration américaine. Et il rappelle que la procédure contre Boeing devrait bientôt permettre d’équilibrer les sanctions, et de remettre les compteurs à zéro ! Acceptons-en l’augure. Mais j’observe une fois encore combien le credo libéral, libre échangiste, globaliste, dirige les mots, les idées et les actes de l’Union.

Le même jour, la commission des affaires économiques vote le rapport Yon-Courtin (du nom de l’élue de Renew qui l’a rédigé) sur le commerce international. Nous adoptons un rapport amendé qui témoigne d’un début de réaction aux errements passés — faut-il dire ; réaction française ? Mais le chemin est long avant cette prise de conscience ; hard power et soft power ne se distinguent plus, et les sanctions américaines ravagent l’Iran comme elles ont ravagé le Soudan, et comme le ferait une guerre. Elles peuvent aussi bien frapper l’Europe, pour tenter de détruire ce qui dans nos Nations résiste encore à l’ordre injuste du capital. Les flux commerciaux deviennent des armes, et l’exposition au risque géopolitique ou politique devrait bientôt réviser entièrement les politiques d’approvisionnement et de sous-traitance des entreprises.

Le commissaire européen Phil Hogan

Autrement dit ; l’heure est au localisme, à la souveraineté économique et financière, à l’autonomie des territoires. Et l’heure est, pour l’Union, à bâtir les instruments juridiques et financiers sans lesquels elle ne sera rien. Renaître sera renaître libre, c’est-à-dire autonome.

Coronavirus : les apprentis sorciers de la globalisation

Difficile de ne pas lever la tête, et voir ce qui fait bouger le monde. L’épidémie de Coronavirus est une maladie de la globalisation. Sans l’absurde mobilité des hommes, sans la dangereuse extension planétaire des chaînes logistiques, sans l’affolante ronde des avions, des bateaux, des marchandises et des capitaux autour du monde, la peur de la pandémie qui ravagera la planète ne serait rien qu’une histoire pour se faire peur. Mais voilà ! Pour quelques euros en moins, les entreprises ont délocalisé à des milliers de kilomètres la production de pièces détachées sans voir qu’elles se rendaient dépendantes des risques sanitaires ou politiques. L’automobile va en payer le prix, et combien d’autres industries ?

Pour casser la société salariale, celle qui imposait la répartition des gains de productivité entre actionnaires, outil de travail et salariés, les entreprises ont pesé de tout leur poids afin d’ouvrir les frontières aux migrations de masse, ruiner les traditions, les institutions, et tout ce qui pouvait s’opposer à la quête du profit illimité, cette « common decency » que la classe ouvrière, les paysans et artisans ont seuls continué à faire vivre. De quel prix nos Nations vont-elles payer la stratégie du chaos qui fait la fortune de la Davos society et des apprentis Soros qui pensent que leurs dollars leur donnent droit de gouverner les peuples ?

L'union se félicite Coronavirus
Des militaires devant la cathédrale de Milan, un des principaux bâtiments touristiques de la ville | FLAVIO LO SCALZO – REUTERS

Et, au nom de la mobilité individuelle, de cette destruction des sociétés à laquelle le Pacte de Marrakech procède dans un silence de tombeau, les frontières nationales ont été ouvertes, avec des effets directs sur la sécurité physique, mais aussi morale et sanitaire des populations qui recréent par milliers ces frontières invisibles que sont péages, badges, codes d’accès et, bien sûr, mise en quarantaine… Ces villes qui se ferment, ces passagers bloqués dans leurs paquebots, et surtout, ces masques que chacun porte pour se protéger de l’autre, affichent la réalité d’une globalisation qui appelle des séparations mille fois plus contraignantes que la frontière nationale ! La frontière passée, un citoyen était libre sur son territoire. Il n’y a plus de frontière, un citoyen est étranger chez lui et n’est en sécurité nulle part. Beau résultat d’un globalisme à l’agonie — seuls guériront ceux qui comprendront que la frontière sauve, que la frontière préserve, que la frontière libère !

Qu’en pense le Commissaire aux Affaires Extérieures ? Commentant le Brexit, Josep Borrell a trouvé la formule qui convient à l’Union ; «  ce n’est pas une épidémie, c’est un vaccin » (entretien donné à Al Jazeerah, dimanche 23 février). Et voilà tous ceux qui remettraient en question leur appartenance à l’Union prévenus ; la maladie mortelle qui guette les peuples, c’est la sortie de l’Union ! L’Union, ou la mort ; beau mot d’ordre, qui évoque si bien les régimes totalitaires ! Ou cette croyance selon laquelle, en allant plus loin dans une mauvaise direction, on finit par arriver quelque part. Mais où ?

Hervé Juvin


1 commentaire

Philippe du Roy de Blicquy · 3 mars 2020 à 16 h 56 min

Il faut se battre, se battre, se battre, comme vous le faites pour que nous soyons informés de cette stratégie du « grignottage silencieux » permanent qui ronge notre civilisation.

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